La nuit du Ramadan
ReportageContre la culture du préjugé
« Contre le choc des civilisations, la bêtise idéologique et pour le métissage des cultures ». Voici comment Philippe Lefait décida d’introduire cette grande soirée télévisée consacrée à l'Aïd el-Fitr, fin du mois sacré de Ramadan. Sur la piste du Cabaret Sauvage, se sont succédés lundi soir les grands noms de la musique arabe tels que Rachid Taha, Nosfell ou encore Abd al Malik. L'émission fut rythmée par la diffusion d'un micro-trottoir dans lequel les intervenants expliquaient le rite du Ramadan, et sa pratique en France. Cette nuit de divertissement avait pour but de montrer la créativité de la musique arabe et de lutter contre sa « folklorisation ». Pour reprendre les mots de Philippe Lefait : « Cette culture-là, riche, festive et ludique, échappe au ghetto dans lequel certains voudraient la contraindre ». En ce sens, ce rendez-vous alimentait une dimension éminemment politique. Lassés par les versions stéréotypées du choc des civilisations et la surmédiatisation des émeutes en banlieues, les artistes appelaient au métissage des modèles culturels. C'est cette même volonté de partage qui a conduit par exemple le Japon à organiser, ce même mois, Les nuits du Ramadan.
Première femme chef d'orchestre de Tunisie, Amina Srarfi et son Orchestre Féminin El Azifet sont certainement les plus beaux témoins de la mutation des cultures arabes. Décorée « Officier » du Mérite Culturel par le Président de la République Zine El Abidine Ben Ali, à l'occasion de la Journée Nationale de la Culture, en 1993, elle témoigne d'une évolution politique et sociale des femmes en Tunisie. Malgré la nature très contestable du régime politique tunisien, à l'occasion du 50ème anniversaire du code de statut personnel, elle explique : « C'est un grand acquis pour nous ce code de statut personnel. C'est la femme tunisienne d'aujourd'hui. Ce code évolue et c'est ça qui est formidable ». Amina évolue tout comme sa musique, c'est notamment ce que nous aurons pu apprendre en regardant l'émission diffusée le lendemain soir, à une heure tardive. Philippe Lefait, en parlant des Mots de Minuit, regrette la marginalisation de ce type de programmes qui, selon lui, « nous fait rater un peu de l'essentiel, passer à côté de "l'élitisme pour tous" cher à Jean Vilar ». Une intervenante du micro-trottoir fera ce constat : « Je pense que les gens, en France, n'ont pas une bonne vision des choses… par méconnaissance ». Ce type d'initiatives prend tout son sens dans une société multiculturelle où règne la méconnaissance mais reste à savoir quel public répondra présent.
Laurie MERLE