Mixons Paris
lundi, octobre 30, 2006
  L’Appel de janvier 2005 : les « indigènes de la République » parlent aux Français

Analyse

L’ « Appel pour les Assises de l’anticolonialisme postcolonial », a été lancé sur Internet le 19 janvier 2005 (), à l’initiative de militants et de chercheurs issus de l’immigration, autoproclamés « indigènes de la République ». Ce manifeste déclare que les discriminations subies par les populations originaires des ex-colonies française et leurs enfants trouvent leur origine dans la colonisation. Cette thèse s’inscrit dans la question postcoloniale, un débat sur la colonisation qui date du début des années 2000. L’appel a rencontré un tel succès qu’il a suscité la création du «Mouvement des indigènes de la République ».



Vous avez dit « indigènes » ? La question postcoloniale

Comme l’illustre le film éponyme de Rachid Bouchareb, le terme « indigène » renvoie à l’époque coloniale, pour son deuxième sens, le premier désignant un autochtone. Pour le Petit Robert, « indigène » signifie en effet « qui appartient à un groupe ethnique existant dans un pays d’outre-mer avant sa colonisation ». L’ « indigénat », « régime administratif spécial qui s’appliquait aux indigènes dans certaines colonies », selon le même dictionnaire, était un statut d’infériorité politique, qui limitait ou excluait le droit de vote et l’accès à la nationalité française. Dans les départements français d’Algérie, par exemple, la nationalité française ne concernait pas les indigènes « musulmans » mais revenait de droit aux Juifs indigènes (décret Crémieux de 1870) et aux Européens (loi de naturalisation automatique de 1889).(source : Encyclopediae Universalis)

La question postcoloniale concerne tous les continents puisque tous ont connu la colonisation, y compris l’Europe avec l’Empire ottoman et l’Empire austro-hongrois dans les Balkans. Toutefois, elle connaît en France une acuité particulière du fait de l’importance de l’immigration en provenance de ses anciennes colonies, appelée parfois immigration « coloniale », qui représente 7 millions de personnes, toutes générations confondues, et dont la moitié possède la nationalité française. Yves Lacoste écrit dans la Revue Hérodote (n° de janvier 2006 consacré à la question postcoloniale) qu’ « au-delà de la dénonciation des discriminations, en France, la question postcoloniale pose celle de la Nation et de l’idée que l’on s’en fait selon les tendances politiques ».


Les « indigènes de la République » questionnent la Nation

Dans la même revue, Jérémy Robine, de l’Institut français de géopolitique de Paris-VIII, consacre à ce mouvement un article intitulé : « Les « indigènes de la République » : nation et question postcoloniale. Territoires des enfants de l’immigration et rivalités de pouvoir ». Dans l’entretien qu’elle lui accorde, Houria Bouteldja, actuelle porte-parole du mouvement, appelle à « la réactualisation de l’identité en fonction des gens qui sont là », soulignant ainsi la dimension culturelle de leurs revendications. Cette dimension apparaît avec le plus de vigueur au sujet de la religion, notamment à l’encontre de la loi « anti-foulard », présentée dans l’Appel de janvier 2005 comme « discriminatoire, sexiste, raciste », « une loi d’exception aux relents coloniaux ». L’Appel dénonce également la remise en cause de « l’enracinement » des immigrés « coloniaux » de nationalité française, soupçonnés de ne pas partager les valeurs occidentales. Cependant, malgré sa radicalité, le manifeste ne prône pas la rupture avec la République, puisqu’il se réclame, au contraire, du double héritage des « colonisés » et des « Français qui ont résisté face à la barbarie nazie ». La référence à la République dans le nom même du mouvement laisse entendre un attachement, au-delà du caractère provocateur du vocable « indigènes ».

Dans l’élaboration de représentations négatives des immigrés, Houria Bouteldja évoque la responsabilité des médias. C’est d’ailleurs une affaire médiatique, dite « affaire du RER D », qui a déclenché « l’Appel pour les Assises de l’anticolonialisme postcolonial ». En janvier 2005, l’emballement médiatique et politique suscité par une agression sans témoin, inventée de toutes pièces et présentée comme anti-sémite par une affabulatrice, a perduré après la rétractation de celle-ci, entretenant la « démonisation » des jeunes de banlieue issus de l’immigration. Houria Bouteldja s’est alors écriée : « c’est pas possible, ils nous prennent vraiment pour des indigènes ! ». Effondrée face à l’absence de débat, de « parole politique originale », « d’existence politique pour les postcoloniaux », elle a voulu donner comme objectif à la première réunion du mouvement « au moins d’imposer le débat à la société française d’ici aux élections 2007 ».


Quelle représentation de l’immigration et des banlieues ?

Aux critiques sur les imprécisions historiques de leur Appel, les « indigènes de la République » ont répondu par le rejet d’un « paternalisme » opposé à l’émergence « d’une parole autonome » de l’immigration, qu’ils proclament incarner. Les entretiens de J. Robine avec les initiateurs du mouvement, eux-mêmes chercheurs et militants, révèlent que la majorité des signataires de l’Appel sont des diplômés qui se sentent bloqués dans leur ascension sociale par une discrimination ethnique qu’ils mettent en relation avec la colonisation. L’article en conclut que le mouvement dans son ensemble se pense comme « une élite sociale et politique issues des quartiers et de l’immigration », une bourgeoisie en quelque sorte.

La concurrence pour la représentation légitime des personnes issues de l’immigration récente et de leurs « territoires » - que seraient les banlieues (par leur concentration dans ces quartiers) – est ouverte depuis les « marches des Beurs pour l’égalité » de 1983, 1984 et 1985. Elle s’est disputée entre des mouvements anti-racistes comme SOS Racisme, apparu en 1985, et des mouvements communautaristes. Elle semble se jouer aujourd’hui entre des mouvements islamiques, de rigoristes à très modérés, comme le Collectif des Musulmans de France. Plusieurs initiateurs du mouvement font partie de cette organisation, axée sur des causes sociales et militantes en relation avec l’Islam et ouverte au dialogue avec les autres religions. Les militants pro-palestiniens auraient joué un rôle déterminant dans la transformation de l’appel en mouvement, par la mobilisation des comités locaux des Campagnes Civiles Internationales pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIP). Ces organismes regroupent des personnes qui ne sont pas toutes issues de l’immigration, à l’image de Nicolas Qualander, également membre de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) et co-fondateur du mouvement des « indigènes de la République ».

Concernant les banlieues et les émeutes qui les ont secouées voici tout juste un an, le mouvement des « indigènes de la République » a condamné la violence des émeutiers en même temps que l’action de la police et des médias et il a appelé les populations discriminées à l’action politique. Tout en saluant la mobilisation politique des « indigènes de la république », J.Robine conclut son article sur leur incapacité à canaliser et organiser la colère des jeunes émeutiers. Quoi qu’il en soit, l’émergence d’un discours nouveau sur l’immigration et la nation représente aujourd’hui un enjeu qui dépasse certainement le cadre des populations immigrées et des banlieues.


Pourquoi le débat ouvert est-il nécessaire ?

Sur le site officiel du « Mouvement des indigènes de la République » : , l’hétérogénéité déjà perceptible dans l’article de la revue Hérodote semble encore plus flagrante. C’est l’image qu’offre tout particulièrement le débat organisée en juillet 2006 par le Collectif Ile-de-France du mouvement, en commun avec les « Panthères roses » (association homosexuelle) et le « Collectif des Féministes pour l’égalité » pour proclamer ensemble « Pourquoi nous ne sommes pas universel-LE-s ». Dans cette déclaration, ces différents mouvements se retrouvent autour du rejet des préjugés, qu’ils soient racistes, sexistes ou religieux.

Le « Collectif des professeurs indigènes » constate « la persistance des discriminations en relation avec le fait colonial, en particulier la discrimination géographique » (dans les territoires enclavés des banlieues) et revendique « une égalité réelle », sans qu’ils soient eux-mêmes spécifiquement issus de l’immigration. Ils déplorent la trop faible part accordée à l’histoire de l’esclavage, de l’immigration et de la colonisation dans les programmes de l’Education Nationale. Ils souhaitent organiser des rencontres-débats « sur l’histoire et la vie actuelle des personnes issues de l’immigration et de la colonisation », au sein des banlieues et en partenariat avec d’autres associations. Comme le collectif cité précédemment, ils expriment la volonté de « recréer les conditions d’un débat ». Pourquoi ?

En fait, les questions relatives à l’immigration et aux banlieues sont caractérisées aujourd’hui par une singulière identité de traitement sur l’ensemble de l’échiquier politique, renforcée par un éclairage médiatique le plus souvent négatif. C’est cette « pensée unique » que Pierre Tévanian, professeur de philosophie et initiateur du « Mouvement des indigènes de la République » analyse dans son « Dictionnaire de la lepénisation des esprits » écrit avec Sylvie Tissot et paru en 2002 (Paris, Esprit frappeur). Ce phénomène de convergence des représentations politiques et médiatiques avec le discours de l’extrême droite est daté. Il remonte à la fin des années 80 avec la politisation de la question de l’immigration (qui devient un « problème »), puis à l’apparition des discours sécuritaires sur les jeunes des classes populaires, dont ceux issus de l’immigration. Dans ce contexte figé, l’apparition d’un discours différent sur l’immigration et les banlieues, que l’on partage ou non ses thèses, ne peut qu’être utile au débat démocratique, voire salutaire.

Nicole WIND

 
  Indigènes: le film
flickr.com by eschige


Des colonies françaises à l’Alsace, la caméra suit le parcours de quatre soldats embrigadés en 1943 dans l’armée française. Différents par leurs origines, leurs parcours et leurs motivations, Yassin (Samy Naceri),Saïd (Jamel Debbouze), Messaoud (Roschdy Zem) et Abdelkader (Sami Bouajila) se retrouvent dans un même bataillon sous les ordres d’un pied noir : le sergent Martinez (Bernard Blancan). Dans son film, Rachid Bouchareb met en avant les injustices et les brimades subies par les soldats indigènes ainsi que les tensions permanentes avec les soldats de la métropole. Ainsi « Indigènes » est un hommage émouvant aux 130 000 soldats d’Afrique du Nord et d’Afrique Noire qui se sont battus, armes à la main, pour libérer la France. Les cinq acteurs principaux, récompensés par un prix collectif d’interprétation au festival de Cannes, donnent réellement vie aux personnages et l’on tremble presque de frayeur avec eux sur les champs de bataille. La fonction sous-jacente de ce film est peut-être de revenir sur le passé pour mieux comprendre le présent, de se réconcilier avec l’histoire pour vivre plus sereinement aujourd’hui. Le film n’est cependant pas épargné par quelques clichés : le gentil soldat illettré, le sergent méchant en apparence mais bon au fond…Pétri de bonnes intentions, Rachid Bouchared se montre parfois un peu trop didactique et bien-pensant ce qui alourdit le film et les dialogues. « Indigènes » a néanmoins le mérite d’être un support de qualité du devoir de mémoire et un film poignant qui donne à réfléchir.

Carole COURTOUX
 
dimanche, octobre 29, 2006
  Le sombre eldorado d'une Chinoise clandestine
Portrait

« Je m'appelle Ren Liping, je suis née à Zhejiang, en Chine. Je suis arrivée en France en 1999. J'avais dix-sept ans. C'est le rêve de beaucoup de Chinois, on pense que la vie en France sera meilleure. C'est pour cela que je suis ici. »


Et c'est pour dénoncer ses conditions de vie que Ren Liping a accepté de se livrer à Lee Show-Chun, doctorante en anthropologie visuelle à l'École des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Dans le documentaire « Ma vie est mon vidéo-clip préféré », elle fait part de ses rêves, de ses illusions et de sa désillusion.


« La France, c'était l'espoir d'une vie meilleure »

En arrivant clandestinement en France avec son petit ami, elle rêve d’un mariage grandiose: robe blanche et limousine comme sur les images rapportées par les Chinois ayant réussi en France.
« Mes parents ont fait appel à un passeur. Le voyage a duré plusieurs mois. Le plus dur, ça a été entre la Yougoslavie et l'Italie parce qu'il fallait marcher à quatre pattes dans la montagne, comme les animaux, pour échapper aux infrarouges de la douane. Mais nous avons fini par arriver en France; dans mon eldorado... »


Outre les
raisons économiques, politiques et sociales qui poussent les Chinois à fuir leur pays, il existe également une image survalorisée de la France qui les attire. Synonyme de richesse, d'ascension sociale, de propreté et de merveilleux, ils n’imaginent la France qu’à partir de ce qui leur est donné à voir. Les images répandues sont celles de Chinois devenus patrons, ayant acquis une grande reconnaissance sociale. Ils envoient de l’argent au pays et des vidéos dans lesquelles ils étalent leur réussite matérielle.


« Je dois payer ma dette »

Ren Liping se retrouve rapidement seule, abandonnée par son petit ami à qui la légion étrangère propose la nationalité française après trois ans d'engagement. Elle, doit travailler pour rembourser sa dette envers son passeur. Elle est prise en main par des Chinois déjà implantés en France. Le groupe occupe une place prépondérante dans la communauté chinoise, mais dans ce cas, les réseaux de solidarité masquent une exploitation des plus fragiles. Ils proposent logement, travail et traductions, mais ils facturent tous leurs services.
Ren Liping est donc confrontée à la clandestinité. Elle travaille dans la confection.
« Je dois travailler tous les jours sur ma machine. Je commence à 10 heures du matin et je finis à 5 heures le lendemain. Quand le temps change brusquement, les commandes de vêtements sont plus importantes encore car il faut renouveler tout le stock ». Elle regrette de ne pas avoir le temps d’apprendre le français. « Quand tu ne parles pas la langue, tout te semble difficile. Je ne peux pas sortir car je n'ai pas de papiers. J'ai peur de la police mais aussi des hôpitaux, de toutes les instances officielles qui risquent de me renvoyer chez moi. Mais je dois payer ma dette ». Aussi, la méconnaissance de la langue, l'incompréhension du pays et l’ignorance de ses droits sont entretenues volontairement par une partie de la communauté chinoise qui en profite.




« Mourir pour la face »

La situation, sept ans plus tard, a peu changé. Son travail est le même, elle ne parle pas le français, n'a pas de papiers. Elle s’est mariée à un Chinois qui est dans la même situation qu’elle et vient de mettre au monde un petit garçon. Comme le veut la tradition chinoise, elle doit rester chez elle pendant un mois et n’a donc plus de revenus. Elle a fini par rembourser sa dette mais il lui reste la moitié de celle de sa sœur. En effet, sa sœur est également arrivée en France malgré tous les efforts déployés par Ren Liping pour convaincre ses parents de ne pas l'y envoyer.

Le témoignage de Ren Liping est précieux car rares sont les Chinois à accepter de faire part de leurs difficultés. Elle-même n'a d'ailleurs jamais avoué clairement à ses parents les raisons de son opposition à l'arrivée de sa sœur en France. Les familles chinoises choisissent de se sacrifier pour faire passer leurs enfants clandestinement dans l'espoir d'un avenir meilleur pour eux. L'aveu de leur situation serait vécu comme l'aveu d'un échec, et entraînerait la perte de la face. Les Chinois disent qu'ils peuvent « mourir pour la face » weile mianzi keyi si. « Quand on part à l'étranger pour faire fortune et que l'on n'y parvient pas, mieux vaut se suicider que de rentrer au pays ».
Ren Liping ne voulait pas que sa sœur connaisse son sort. Elle préférait qu’elle soit placée en orphelinat, qu’elle ne travaille pas. Pour cela, elle s’est engagée à payer pour elle. Mais aujourd’hui, R
en Liping s’inquiète de l’évolution des lois concernant les immigrés et en particulier les
mineurs.

Aurélie DELAGE
Crédit photos : Tsunami star/ flickr, Racingsquirrel/ flickr, Lee Show-Chun
 
  Paris, première ville bretonne. Ça vous étonne ?

Enquête

Avec une population d’un million de bretons et "apparentés", l’Ile-de-France mérite bien sa réputation de sixième département breton. Depuis plus d’un siècle, les vagues successives ont apporté un peu d’âme celte dans la capitale.

« Depuis les années 1980, c’est désormais une fierté d’être Breton. On peut même parler de tendance ». Installé dans la capitale depuis une dizaine d’années, le vice président de l’association "Paris Breton", Ronan Le Flécher, est un fringant trentenaire dont le nom ne trahit pas l’origine. « Il existe un sentiment partagé de ne pas être de vrais parisiens. Beaucoup de bretons vivent à Paris par obligation et 30 % d’entre eux votent toujours en Bretagne ». Aussi, Ronan préfère parler de « diaspora » pour qualifier ces Bretons de Paris.

L’émigration s’est modifiée avec le temps et, aujourd’hui, on est loin de l’image d’Épinal de la bretonne "expatriée", figurée par le personnage un peu mièvre de Bécassine. « A vrai dire, ce personnage exaspère un peu les Bretons. A l’origine, elle représentait la provinciale. C’est plus tard qu’elle est devenue Bretonne », s’insurge Ronan. En effet, à l’époque, les Bretonnes occupaient souvent des emplois de femmes de ménage. Les hommes, quant à eux, sont venus en nombre pour participer à la construction du métro parisien. « Pendant longtemps, monter à Paris était un symbole de réussite. Fulgence Bienvenüe, architecte du métro parisien à la fin du XIXème siècle, était d’ailleurs originaire des Côtes d’Armor ».


C’est principalement dans le XVème arrondissement, autour de la gare Montparnasse, que les Bretons s’installent. Aujourd’hui, si la toponymie garde en mémoire la présence bretonne, le quartier n’est plus spécifiquement le "repère" des Bretons. De même, la religion catholique, longtemps structurante pour cette communauté bretonne de Paris, perds progressivement ce rôle. « Après-guerre, la Mission Bretonne organisait ainsi des bals le dimanche. A l’époque, on ne parlait pas encore de Fest noz » . Peu diplomés au début du siècle, les Bretons qui vivent ou émigrent à Paris sont, aujourd’hui, plus cadres qu’ouvriers.



Le fest-noz (fête de nuit) et le fest-deiz (fête de jour) sont des réjouissances où les amateurs de musique bretonne se retrouvent pour quelques pas de danses traditionnelles, dont les plus connues sont : les gavottes, l'an dro, l'hanter dro. Lors d'un fest-noz, on pratique les danses en chaîne ou en cercle (tout le monde se tient par la main), les danses en couples au son des instruments traditionnels que sont la bombarde et les binious.



Donner une visibilité à la Bretagne dans la capitale


Ronan Le Flécher devant le Ti Jos, crèperie et pub amblématique du quartier Monparnasse.

Son attachement à la Bretagne, Ronan l’exprime à travers l’association "Paris Breton". « Depuis le début des années 80, il y a un dynamisme associatif ». Des associations très différentes voient le jour dans la capitale : associations d’ étudiants, de cadres bretons, cercles celtiques, bagad (formation musicale traditionnelle)… et même un club de football breton, le Goéland Football Club. L'école Diwan (école en langue bretonne) de Paris est la seule a avoir ouvert ses portes hors de Bretagne. "Paris Breton" est né à l’automne 2003 mais existait avant de manière plus informelle. L’association a pour but de réfléchir au rayonnement économique et culturel de la Bretagne. Elle compte aujourd’hui environs 200 membres mais surtout « un gros carnet d’adresses pour constituer une sorte de lobby ».

En mai dernier, l’association organisait une grande manifestation dans la capitale : les "Journées de la Bretagne". « Aujourd’hui, on veut montrer une autre image aux Franciliens. Celui d’une Bretagne moderne et créatrice ». Ainsi, l’association a organisé, en mai dernier, une manifestation mettant à l’honneur les initiatives bretonnes dans des domaines très éloignés des images que la région : la mode, le cinéma, la littérature… « Les Bretons de la capitale sont certes moins organisés que les Auvergnats, par exemple, mais l’association tente justement de combler cette lacune en mettant en relation les autres associations ».

Dans "La Bretagne, tout le monde en parle"*, ouvrage publié à la mi-octobre, Ronan le Flécher s’est penché sur la perception des bretons par les étrangers installés en Bretagne. Un livre qui révèle les contradictions des stéréotypes français sur les Bretons.

Nicolas BLANDIN

* Ronan LE FLÉCHER et Didier LE GORREC, La Bretagne, tout le monde en parle, 187 pages, ed. Des Dessins et des Mots, Prix : 16 euros.

Crédit photo : demode (souce Flickr.com) et Nicolas BLANDIN



Qui sont les bretons de Paris ? L'enquête de "Paris Breton".*

Où résident les Bretons de la Région Parisienne : Seine-Saint-Denis 6,7 %, Seine-et-Marne 6,9 %, Val d’Oise 8,1 %, Val-de-Marne 10,4 %, Essonne 10,6 %, Hauts-de-Seine 16,0 %, Yvelines 16,8 %, Paris 23,4 %.
L’enquête en quelques chiffres clefs :
-75% des répondants déclarent vivre en Ile-de-France par "obligation".
-La question du rattachement de est considérée comme importante ou très importante par 55% d’entre eux. (la Loire Atlantique est considérée comme le 5e département de la Bretagne historique. Au plan administratif, la région ne compte que quatre départements : Côtes d'armor, Finistère, Ille-et-Vilaine et Morbihan)
-14% déclarent parler ou comprendre le breton.
-Pour les Bretons qui n'y vivent pas, la Bretagne, c'est d'abord la mer (84%), un patrimoine (77%) et une culture (77%).
-60% des répondants considèrent que "l'Europe est une chance pour la Bretagne".
-65% des Bretons Franciliens se rendent en Bretagne au moins une fois tous les trois mois.
-30% des Bretons vivant en Ile-de-France votent en Bretagne
-56% des répondants envisagent de se réinstaller à l'avenir en Bretagne.

* Données de l'enquête réalisée en septembre 2005 par l’association Paris Breton en lien avec l’Ecole supérieure de commerce de Brest et Science po Paris auprès de 3 000 bretons et apparentés.
 
  Destino Paris
Depuis quelques années, le programme Erasmus de mobilité étudiante en Europe remporte énormément de succès auprès des jeunes espagnols. Nombreux sont ceux qui choisissent la capitale française pour effectuer leur séjour : gros plan sur quatre étudiants qui témoignent de la face économique et culturelle cachée d’un séjour au coeur de Paris.

La otra movida...

Témoignages

Hugo, 22 ans, Ecole Supérieure d’Ingénierie (Madrid)

« Mes premiers jours à Paris furent difficiles. Heureusement, je connaissais deux amis espagnols qui m’ont hébergé pendant plusieurs jours. L’Université de Madrid m’avait indiqué des logements mais, quand je suis arrivé en France, il y avait tellement de monde qu’il fallait s'inscrire sur liste d’attente. Deux filles nous ont aidé à remplir les papiers. Je vis maintenant dans une résidence universitaire, à Cachan, où je paye 400 € par mois pour une petite chambre sans internet, sans cuisine et sans salle de bain.
L’université de Madrid donne une base de bourse de 112 € mensuels, complétée par la Région, sur critères sociaux. Il n’y a pas de revalorisation pour ceux qui partent dans des capitales coûteuses comme Paris. Presque la moitié de ma bourse passe dans la carte de transport !
Ce ne fut pas un choc culturel d’arriver ici. Le seul truc, c’est que la ville m’a paru immense et que la majorité des gens sont très froids. C’est vrai que je ne suis là que depuis un mois, mais les Français de l’école ne se mélangent pas et ne nous aident pas alors qu’on a du mal avec la langue ».


Daniel, 22 ans, 4ème année Ecole des Ponts et Chaussées (Navarra)

« En arrivant, j’ai eu beaucoup de problèmes. L’Ecole des Ponts et Chaussées nous avait indiqué les résidences, mais il fallait un garant alors que je ne connaissais personne en France. Il fallait ouvrir un compte pour le logement mais la banque nous demandait une adresse pour ouvrir le compte, alors ça nous avançait bien. En plus, on a du payer les six premiers mois d’un coup. Maintenant, on vit dans cette résidence : deux espagnols dans une chambre de 16 m2, sans salle de bain, ni toilettes.
Mon premier choc culturel, ça été de Pampelune à Madrid. Ici, j’apprécie beaucoup ce que proposent les musées avec le premier dimanche du mois gratuit ou le vendredi pour le Louvre. On est aussi allé une fois au théâtre avec l’Ecole. Moi, je suis là depuis plus d’un an et Paris, c’est différent des autres villes françaises. Les gens sont stressés et ils ne sont pas là pour t’apprendre. Comme on ne peut pas se mélanger, c’est difficile. Les Français parfois les plus dispos, ce sont les plus bizarres, les plus seuls. Ce ne sont pas les plus dynamiques ».




Camila, 22 ans, Licence 3 d'Histoire de l’art (Valencia, originaire de Bogota)

« Je suis venue en août pour chercher un appart. J’ai trouvé la veille de mon départ. Au début je dormais dans la chambre d’une vielle dame qui, elle, dormait dans le salon. Je payais 5OO € par mois en attendant de pouvoir changer. Un jour, j’avais vu une chambre de bonne et je me suis engagée trop vite. En désespoir de cause, je me suis rétractée mais j’ai du payer 100 € de dédommagement au propriétaire. Je savais qu’il était en train de me voler mais je ne parlais pas la langue et ce n’était pas mon pays. Ce fut le pire moment de ma vie, je dépensais des sommes folles en cartes de téléphone et je ne voulais surtout pas me mettre sur internet pour payer. Je me suis sentie impuissante. Maintenant, je vis a Montmartre avec un Français et deux Allemands. L’année d’avant, je vivais avec un italien et une Norvégienne. Ça me plaît de côtoyer différentes cultures.J’ai une bourse de 150 € par mois mais ça ne suffit pas. Le soir, je me couche avec des numéros dans la tête et le matin, je me réveille avec des numéros. Erasmus est un programme génial puisqu’il m’a permis d’être ici mais l’organisation, les papiers c’est difficile. Et l’aide est plutôt faible quand tu en as le plus besoin : au début. En plus, les cours sont durs et il faut parfaitement comprendre le Français. Paris, c’est une grande ville culturelle mais je n’ai ni le temps, ni l’énergie pour faire la touriste ».

Manuel, 20 ans, Licence 3 d’Histoire de l’art (Valencia)

« Je suis venu à Paris pour apprendre la langue avant toute chose et puis parce que la culture à Paris est formidable. Mon grand-père était ici pendant la guerre. Tout le monde part en Italie dans ma fac et moi j’ai voulu venir à Paris. Tout va très vite, et pour les logements aussi. Heureusement, j’avais des amis espagnols qui ont pu m’héberger. Sinon, j’aurais été á la rue.
Pour la fac, c’est bizarre car je me sens comme au collège. C’est très strict du point de vue des absences et globalement, tout est très formalisé. Si je pense qu’il y a quelque chose de particulier à Paris, je crois qu’il n’y a pas une mais plusieurs cultures parisiennes. Il y a bien sûr le Parisien typique, très BCBG mais aussi des gens venus d’un peu partout. J’aimerais rester un an de plus en France mais je sais que ça sera difficile de trouver ma place, les Parisiens ne feront pas le premier pas ».






A la repêche des naufragés Erasmus

Enquête

Les étudiants espagnols sont confrontés à des difficultés financières importantes. Nombreux sont donc ceux qui doivent trouver un petit boulot afin de résister au régime infernal des dépenses et de profiter de la culture du pays. Suivant l’expérience de chacun, Paris n’est pas perçu sous le même angle mais tous sont confrontés á un moment donné à la formalisation des codes culturels. Conscients de ces différences économiques et culturelles, l’Association Esto de l’Université Marne-La-Vallée ou le club Madeleine Plaza ont décidé de mener un projet spécifiquement destiné à cette population étudiante.



Noëlle, Présidente de l’Association "Esto"

L’association "Esto" a pour but de « promouvoir la culturalité, l’internationalité, brasser les gens pour qu’ils aillent á la rencontre d’autres cultures. Par exemple, "Festo" est un projet de festival qu’on a réalisé en mars 2004. Il y avait des concerts de rock japonais, de la country, des dégustations de plats indiens… On essaie d’organiser en plus des voyages parce qu’en général, les étrangers ne connaissent que Paris. Le programme "Tandem" a, quant à lui, pour but de développer des échanges linguistiques ». Compte tenu des faibles revenus des jeunes arrivants, elle sait qu’il faudra multiplier les manifestations culturelles gratuites ou peu honéreuses. Elle sait également que, dans leur majorité, les étudiants Erasmus ne sont pas issus de milieux sociaux très défavorisés. Elle ajoute : « L’année dernière, la majorité des Erasmus vivaient dans les résidences de Lognes ou de Torcy. Cette année, ils vivent presque tous sur Paris ». Lorsqu’elle évoque Paris, elle parle d’un « contexte prestigieux » et de la « plus belle ville du monde ». Elle suggère que le statut même de la capitale la rend un peu inaccessible. « Il est plus difficile de se faire des amis. A Madrid par exemple, il y a plus de repères. Je dirai que les Espagnols sont plus easy-going et c’est vrai que même du point de vue vestimentaire, ils sont dépaysés ». Pour éviter le cloisonnement, "Esto" a mis en place le "French Automn Cours" qui offre aux Erasmus deux semaines d’intégration avec excursions et 40 heures intensives de cours de français. « La barrière administrative s’efface en général à la fin des deux semaines. Il y a ensuite toujours des problèmes d’inscription, de carte bancaire ou de sorties à régler. Le Bureau des Relations Internationales a fait un travail formidable à ce niveau-là. Une association, ça fait toujours peur mais le contact s’effectue rapidement et on rit ensemble des stéréotypes culturels ».

Jean Eudes organisateur des Erasmus Party depuis Septembre 2003

« J’ai effectué un séjour Erasmus à Madrid quand j’étais en Ecole de Commerce ESCE et il y avait des fêtes internationales super sympas. A Paris, il manquait un endroit où les Erasmus puisse échanger et rencontrer de nouvelles personnes ». Voici l’idée qui allait précéder la naissance du grand projet des Erasmus-Party. Après trois changements d’adresse, les fêtes Erasmus du jeudi soir se situent à présent au Madeleine Plaza. « Je veux une ambiance bon enfant, que tu puisses rencontrer des gens du monde entier que tu dépenses 50 € ou 0 pendant une soirée. Il y a un côté hyper formel et codifié à Paris et les pijos espagnols ne comprennent pas que leur look ne leur permette pas d’entrer au Cabaret. Mon but, c’est qu’il n’y ait pas de cloisonnement. C’est l’anti-branchitude. Paris peut être considérée comme une ville-musée très attractive mais, pour s’éclater ce n’est pas la même chose ». Avant minuit, les étudiants étrangers peuvent entrer gratuitement au Madeleine Plaza. Ce privilège qui rejoint la forme mais pas l’esprit des certaines mesures de discrimination positive semble pour lui nécessaire. « Ça s’améliore depuis trois ans en terme d’accueil dans les universités. Sur le site de la Sorbonne, on prend beaucoup plus en considération les étudiants étrangers. A Assas, le réseau associatif s’est vraiment développé ». Lui aussi entend bien développer de nouvelles propositions pour les étudiants en mobilité européenne. « L’année dernière pour les 20 ans de la fête de l’Europe, on a organisé tout un rassemblement avec le Ministère de la Culture et le Ministère des Affaires Etrangères. Il y avait un prix de la culture dans les domaines Arts Plastiques, Poésie, Photo et Théâtre ». D’autres initiatives touchent plutôt à la gestion de ce public Erasmus comme ressource politique mais aussi salariale. « Dans la plupart des facs, l’aspect professionnel est délaissé. L’année dernière, on a organisé un forum de recrutement pour les jeunes étrangers qui veulent rester travailler en France. Des boîtes comme Eurosport, l’Oréal, la SNCF ou Veolia viennent pour recruter ces étudiants. On essaie aussi d’organiser une conférence par mois. On fait venir un grand patron ou un homme politique comme Jack Lang ou Raffarin. Ségolène Royal n’était pas dispo. Les politiques très proeuropéens aiment venir débattre sur l’Europe mais les initiatives concrètes sont plutôt prises au niveau privé ». Lorsqu’on évoque une possible instrumentalisation de ce capital humain relativement vulnérable, Jean rétorque immédiatement : « C’est vrai que les jeunes étrangers ne comprenaient pas tout ce qui se passait autour du CPE. Il y a peut être une instrumentalisation politique mais ça n’est pas mon problème. Qu’ils soient de Gauche ou de Droite, l’essentiel c’est qu’ils s’engagent auprès de ces jeunes. Laurent Wauquiez, le plus jeune député de l’Assemblée, a défendu notre projet ».

Laurie MERLE
 
dimanche, octobre 22, 2006
  Voyage au coeur des quartiers parisiens
Micro-trottoir

Le voyage peut être initié par une diversité architecturale, vestimentaire, historique ou culturelle. Des Parisiens d'adoption, de passage ou de coeur témoignent sur les quartiers de Paris qui les font voyager.


Sur un brin de causette
« Justement le voyage pour moi c’est ici : le quartier, la Cathédrale, le monde qu’il y a toujours… J’aime les Halles aussi, vous savez il y a les magasins (Liliane est rieuse), le Marais. J’aime le 16ème parce que j’y ai habité…».
Liliane, 65 ans



Qui vit voit beaucoup, qui voyage voit davantage
« Mais c’est quoi le voyage ? Voyager à Paris, c’est le 18ème, le 11ème et le 10ème, le 6ème, le 4ème… Le 18ème car c’est un vieux quartier, il y la montagne, Montmartre, le 11ème et le 10ème parce que ce sont aussi des vieux quartiers historiques, parce qu’il y a le Canal Saint Martin, le Canal de l'Ourcq. Le 6ème est un quartier intellectuel. Le voyage se fait à travers l’histoire et la diversité. Tiens, il y a les quartiers de la gare du Nord, de l’Est… J’adore les gares. J’aime les quartiers autour car on y retrouve toutes les communautés confondues. Paris est la ville qui accueille tous les ressortissants étrangers. On peut être à Paris et en même temps au Maghreb, en Inde… Le 13ème arrondissement, par exemple, est devenu moins intéressant avec le temps et depuis qu’il est habité par des gens comme moi, il est devenu moins mixte. Dans le 4ème c’est la mixité avec la communauté homosexuelle ». Danielle, une "chômeuse heureuse", 56 ans



Grand aise d’avoir la clef des champs
« J'aime aller au Père Lachaise, car c’est un lieu clos, un peu à l’écart de Paris. Saint-Germain-des-Près, j’y ai habité pendant longtemps et j’apprécie l’ambiance générale qui y règne. Le 11ème et le 19ème me semblent plutôt sympathiques car ce sont des quartiers populaires, mais il n’y a pas de musées. Un quartier qui est bien, c’est le 16ème mais je n’aimerais pas y vivre ».
Guy, 70 ans



Sans fleurs, ni couronnes
« Le voyage c’est tout Paris. Moi, j’aime des quartiers où malheureusement je ne peux pas habiter. Ce sont le 7ème et le 16ème, le 15ème aussi. J’y aime la tranquillité…Oh, non ! Le 18ème et le 19ème – non ! Il y a trop de gens. Moi, je cherche le calme, quand je sors le soir je veux faire une balade tranquille. Je peux me sentir bien aussi en me promenant sur le Champs de mars et dans le Jardin du Luxembourg ». Diamantis, marchand de fleurs sur les quais, 65 ans




L'habit ne fait pas le moine, mais fait voyager
« Nous aimons bien Châtelet parce que ça bouge beaucoup et on y rencontre différents types de gens. Ils peuvent aussi bien être habillés en punk qu'avec un style hip-hop. C'est la diversité des styles qui fait voyager ». Chloé et Ozguni, deux étudiantes suédoises de 19 ans





La machine à remonter le temps
« Le voyage dans Paris est géographique. Il faut parcourir à pied les rues qui mènent d'un quartier à un autre. Mais il est aussi architectural. On rencontre une diversité extraordinaire de bâtiments: les maisons de campagne du 13ème et du 18ème arrondissement, les immeubles délabrés de Belleville ou les hôtels haussmanniens. Enfin, le voyage s'effectue dans le temps. Paris a subi de nombreux remaniements : du remodelage initié par le préfet Haussmann à la disparition des commerces de proximité et la désaffection des Halles pour le marché de Rungis. Les gens se sont enfermés dans leurs immeubles ». Jean-Renaud, chanteur d'opéra de 36 ans




A la recherche du temps perdu
Son voyage dans Paris se tisse au gré de ses souvenirs. « J'aime retourner sur les lieux de ma jeunesse, les Halles, où jouaient les groupes de jazz. C'est aussi l'île de la cité parce que j'ai travaillé à la restauration du palais de justice ». Claude, 40 ans





Voyage culturel et interculturel
Philippe préfère les activités culturelles du 4ème arrondissement, à proximité de l’hôtel de ville, les petits bars et les magasins où se mélangent les cultures. Quant à Sylvie, elle voyage quand elle est au pied de la butte Montmartre, dans le 18ème arrondissement, dans Barbès, dominé par les magasins Tati. « Ce n’est pas le Montmartre touristique qui me fait voyager mais celui du bas de la butte, plus populaire. » Belleville est aussi évocateur de voyage à travers sa mixité de population. « C’est un petit village où les gens restent ensemble ». Sylvie et Philippe




Madame Malaussène
« Le voyage, c’est le 20ème parce que j’ai toujours habité là et que l’on y trouve une grande diversité de populations : c’est le ramadan, le couscous d’Afrique du Nord, les asiatiques, les restaurants libanais ou algériens... C’est l’ambiance qui s’en dégage qui m’intéresse, parce que ce n’est pas un quartier touristique. C’est un quartier « vrai », où le marché du vendredi rassemble la population. Belleville s’étend sur le 20ème, le 10ème et le 11ème avec la place Sainte-Marthe, l’hôpital Saint-Louis, la rue Saint-Maur, les petits bars qui proposent des concerts sympas. L’association « La Bellevilleuse » contribue à faire entendre les gens du quartier, pour qu’ils ne soient pas obligés d’aller vivre ailleurs. A l’inverse et non loin de là, Oberkampf est plus branché, moins cosmopolite ». Odile, 40 ans




L’art de voyager
« J’aime le 6ème arrondissement mais ce n’est pas pour le voyage. Ce que j’aime c’est l’impression de sécurité qui s’en dégage quand on y habite. C’est un quartier jeune, « bourgeois bohême ». C’est sympa. Ce qui me fait vraiment voyager, c’est le 1er arrondissement, le Louvres, l’accès à la culture, Pompidou, les expositions, les galeries. Je préfère la découverte à travers les expositions. Montmartre aussi ça dépayse, c’est plus populaire. »
Emilie, 23 ans, étudiante en 4ème année à l’école du Louvres

Et vous, quel quartier de Paris vous fait voyager?

En voyage dans les rues de Paris : Aurélie DELAGE et Anastassia DELTCHEVA-MATHIE
Crédit photo: Anastassia Deltcheva-Mathie
 
samedi, octobre 21, 2006
  La nuit du Ramadan
Reportage

Contre la culture du préjugé

« Contre le choc des civilisations, la bêtise idéologique et pour le métissage des cultures ». Voici comment Philippe Lefait décida d’introduire cette grande soirée télévisée consacrée à l'Aïd el-Fitr, fin du mois sacré de Ramadan. Sur la piste du Cabaret Sauvage, se sont succédés lundi soir les grands noms de la musique arabe tels que Rachid Taha, Nosfell ou encore Abd al Malik. L'émission fut rythmée par la diffusion d'un micro-trottoir dans lequel les intervenants expliquaient le rite du Ramadan, et sa pratique en France. Cette nuit de divertissement avait pour but de montrer la créativité de la musique arabe et de lutter contre sa « folklorisation ». Pour reprendre les mots de Philippe Lefait : « Cette culture-là, riche, festive et ludique, échappe au ghetto dans lequel certains voudraient la contraindre ». En ce sens, ce rendez-vous alimentait une dimension éminemment politique. Lassés par les versions stéréotypées du choc des civilisations et la surmédiatisation des émeutes en banlieues, les artistes appelaient au métissage des modèles culturels. C'est cette même volonté de partage qui a conduit par exemple le Japon à organiser, ce même mois, Les nuits du Ramadan.
Première femme chef d'orchestre de Tunisie, Amina Srarfi et son Orchestre Féminin El Azifet sont certainement les plus beaux témoins de la mutation des cultures arabes. Décorée « Officier » du Mérite Culturel par le Président de la République Zine El Abidine Ben Ali, à l'occasion de la Journée Nationale de la Culture, en 1993, elle témoigne d'une évolution politique et sociale des femmes en Tunisie. Malgré la nature très contestable du régime politique tunisien, à l'occasion du 50ème anniversaire du code de statut personnel, elle explique : « C'est un grand acquis pour nous ce code de statut personnel. C'est la femme tunisienne d'aujourd'hui. Ce code évolue et c'est ça qui est formidable ». Amina évolue tout comme sa musique, c'est notamment ce que nous aurons pu apprendre en regardant l'émission diffusée le lendemain soir, à une heure tardive. Philippe Lefait, en parlant des Mots de Minuit, regrette la marginalisation de ce type de programmes qui, selon lui, « nous fait rater un peu de l'essentiel, passer à côté de "l'élitisme pour tous" cher à Jean Vilar ». Une intervenante du micro-trottoir fera ce constat : « Je pense que les gens, en France, n'ont pas une bonne vision des choses… par méconnaissance ». Ce type d'initiatives prend tout son sens dans une société multiculturelle où règne la méconnaissance mais reste à savoir quel public répondra présent.

Laurie MERLE
 
  la culture satanique:enquête
Le satanisme, paradis ou enfer ?


frickr.com by February28


Crucifix à l’envers, vêtements noirs et teint livide, voilà un look de plus en plus arboré à Paris. En effet le satanisme semble être à la mode. Cette tendance est confirmée par la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) dans son rapport de 2005 qui s’alarme de « la progression sensible du satanisme ». A l’aune de ce constat, une question se pose : Doit on avoir peur des satanistes ?


Le satanisme « bon enfant »

Le satanisme est une croyance peu connue et taboue dans notre société judéo-chrétienne. Cédric un membre de la Fédération Sataniste Française depuis treize ans nous présente sa religion.

Qu’est ce que la FSF?

C’est une fédération qui a pour but de rassembler les satanistes afin de faire circuler toutes les informations qui concernent le satanisme entre nous. Nous sommes composés en grande majorité de bénévoles.

Pouvez vous brièvement présenter le satanisme ?
Une chose est sûre, il n’est pas question de sacrifice d’animaux, de viol ou de meurtre de bébé comme tout le monde l’imagine. C’est la Bible Satanique d'Anton Szandor Lavey qui est le livre de référence du satanisme. Le satanisme prône avant tout la liberté de chacun tant au niveau moral, spirituel que physique. Il n’y a pas d’interdits ni de tabous. Le seul impératif est de respecter l’autre. Le satanisme propose à l’homme de laisser s’exprimer sa vraie nature, sans complexe. Nous ne nous voilons pas la face sur notre nature et assumons pleinement nos désirs dans le respect des commandements sataniques.

A votre avis, pourquoi ce mouvement attire tant les jeunes ?
Ce mouvement dénonce l’hypocrisie du monde actuel. Les rêves d’égalité, de fraternité ne sont que des mensonges maintenus par les grandes religions monothéistes pour perpétuer leur domination. Les jeunes voient dans le satanisme une alternative à cette hypocrisie et une manière de s’épanouir sans être jugés.

Que pensez vous des dérives violentes des satanistes ?
Il est vrai que certains mouvements d’extrême droite et nazis se revendiquent du satanisme mais nous rejetons leur appartenance à notre mouvement. Leurs pratiques sont en totale contradiction avec les règles sataniques.
Au travers de ce témoignage et en consultant le site de la FSF rien de très alarmant ne ressort de la pratique du satanisme. Les satanistes se veulent contre l’intégrisme des religions et la violence physique. Les rites de magie n’évoquent rien de dangereux en soi. Mais est ce toujours ainsi ?

Les satanistes à la dérive

Marylin Manson, frickr.com by MGSpiller



L’intervention de Cédric donne du satanisme une vision claire et inoffensive. Ce n’est pas le point de vue de la Miviludes dont le président, Jean-Michel Roulet, constate une croissance constante des actes de profanation ou de dégradations de lieux de culte depuis plusieurs années (Libération du 5 mai 2006). Plus grave encore, Le Figaro (18 mars 2006) annonce qu’une « quinzaine d’enfants se revendiquant satanistes se seraient suicidés dans la région Nord-Pas-de-Calais ces derniers mois ». Ces faits sont très éloignés de la description faite du satanisme par Cédric.
Cela s’explique à la lecture des blogs réalisés par certains satanistes. On réalise une réelle disparité des doctrines entre pratiquants. Si certains se veulent proches de la nature et de l’essence de l’homm
e, d’autres prônent, par exemple, le sacrifice d’animaux pour en récupérer l’énergie vitale, permettant de jeter des sorts. Plus affolant encore la Miviludes, dans un rapport sur « le satanisme et les dérives sectaire » ,déclare que certains sites satanistes mettent en lien avec des entreprises de voyance, des groupes ésotériques, des industries pornographiques ou bien encore des organisations extrémistes.
Le rapport met aussi en garde contre les messages de violence et de provocation des groupes de musique sataniste dont la figure de proue est Marylin Manson. Les textes de leurs chansons sont parfois attentatoires à la dignité humaine, voir de véritables incitations à la haine ou à l’antisémitisme. Pris dans sa version extrême le satanisme n’est alors plus une simple philosophie de vie, il devient un véritable danger pour le sataniste lui-même mais aussi le reste de la société.

Les autorités en chasse des excès satanistes

Les communautés satanistes ne sont donc pas si inoffensives qu’il peut y paraître au premier abord. Comme tout mouvement, il connaît des dérives contre lesquels il convient de se prémunir. Pour l’association « Prevensectes » ces communautés satanistes ne sont pas reconnues comme religion et ne possèdent pas de forme juridique. Il est donc difficile d’exercer un contrôle officiel de leurs activités. De plus, se sont de petites communautés de quelques individus et donc difficiles à infiltrer.
Dans ces conditions il est difficile de faire de la prévention sur les satanistes eux-mêmes. Dans son rapport « le satanisme et les dérives sectaires », la Miviludes a choisi de donner quelques conseils aux parents sur les signes qui doivent les alerter et sur la manière de réagir. De plus, dans son rapport 2005, la Miviludes met en place la publication d’un « guide pratique des symbôles et formules sataniques à l’usage des gendarmes et policiers de terrain ». L’objectif est de les aider à réaliser une enquête approfondie, « offrant ainsi au Parquet compétent des faits et des constatations de qualité incontestable ».
Carole COURTOUX
 
lundi, octobre 16, 2006
  Les Chinois vont-ils s'emparer de Paris?
Enquête

De quoi parlons-nous vraiment quand nous parlons du quartier chinois? S'il s'agit du treizième arrondissement pour certains, d'autres voient leur quartier se transformer par la présence asiatique, comme à Belleville ou dans le onzième arrondissement.

Entre immigration subie et immigration choisie...

Qui sont ces Chinois et quelle est leur histoire?
En France, les Chinois les plus nombreux et les plus anciennement implantés sont les Wenzhou. Le port de la côte est, du même nom, localisé au sud de la province du Zhejiang a une longue tradition d'immigration.






Le Docteur en sciences sociales, Véronique Poisson a écrit sa thèse sur le cas des Chinois du Zhejiang en diaspora. Elle explique que la richesse de la région est la pierre de Qingtian, exploitée au 19ème siècle par les petits marchands.



Ce qui n'est peut-être qu'une légende parle de colporteurs chinois partis pour l'Europe, à pied, vendre de petites statuettes sculptées représentant les trois singes de la sagesse.



Nous retrouvons encore ces commerces de bibelots un peu partout dans Paris aujourd'hui: bouddha en jade, pendules à l'effigie de Mao…

Lors de la première guerre mondiale, en 1916, la France voit arriver des contingents d'ouvriers chinois. Il ne s'agit alors plus de Wenzhou mais de Chinois issus d'une province de Chine plus septentrionale, le Shandong. Les 140 000 coolies sont envoyés pour l'effort de guerre: creuser les tranchées ou servir de brancardiers dans l'armée. Au moins 2000 d'entre eux se sont ensuite installés à Paris, près de la gare de Lyon, dans la bimbeloterie. C'est ainsi qu'apparaît le premier quartier dit "chinois" à Paris.

Copyright © Dr Pierre Picquart, source : www.chinoisdefrance.com
Carte de l'implantation des Chinois en région parisienne en 2000


Qu'est-ce qui fait fuir la Chine?

Au cours de la seconde guerre mondiale, les tensions économiques et politiques en Chine sont très vives. La guerre sino-japonaise et des conflits internes entre le Parti Communiste et le Parti Nationaliste, le Guomindang, poussent les Wenzhou hors de leurs frontières. Les gens du Shandong ayant main mise sur le commerce de bibelots, les Wenzhou vont s'intéresser à un autre arrondissement parisien, le troisième et à une autre activité, la maroquinerie. Ils récupèrent le créneau traditionnellement occupé par les Juifs, laissé vacant du fait de la guerre.


Depuis 1997, la France est confrontée à un nouveau type d'immigration chinoise, venant du nord-est du pays, le Dongbei qui regroupe les province du Heilongjiang, du Liaoning et de Jilin. Les migrants fuient la crise économique liée à la fermeture des usines et des complexes ouvriers, comme le montre le film de Wang Bing, "A l'ouest des rails". Cette région connaît en effet le taux de chômage le plus élevé de Chine.

"La communauté chinoise", unité ou diversité?

La langue et l'origine des migrants sont des critères de distinction des différentes communautés.

En effet, ces différents groupes ne se comprennent pas nécessairement, seuls les individus ayant reçu un minimum d'instruction et ceux venant des alentours de la capitale comprennent le mandarin. Les autres parlent leurs propres dialectes, leurs propres langues.

Le treizième arrondissement de Paris regroupe la diaspora issue d'Asie du sud-est. Dans les années 70, les logements sociaux nouvellement construits dans cet arrondissement ont permis d'accueillir ces réfugiés politiques. 80% de ces migrants sont d'origine chinoise. Les langues les plus utilisées dans le quartier sont le teochew et le cantonais, deux langues du sud de la Chine. En effet, les Chinois du sud ont d'abord fui le régime communiste chinois pour se réfugier dans les pays frontaliers. Puis, ces réfugiés ont du quitter le Vietnam et le Laos, au milieu des années 70, à cause de la guerre et du régime communiste et le Cambodge à cause de la guerre civile. Hiav-Yen, étudiante de 26 ans, française d'origine chinoise, raconte l'itinéraire suivi par sa famille. Ses grands-parents ont fui Canton, les uns pour aller en Birmanie, les autres au Cambodge. Elle, est née dans un camp de réfugiés au Vietnam dans lequel elle a vécu jusqu'à ses sept ans, pour venir en France avec toute sa famille.

Les migrations restent, aujourd'hui encore, majoritairement liées à des raisons économiques et politiques. Les chiffres officiels[1] montrent que 40% des Chinois entrés en France entre 1990 et 1999 ont bénéficié du droit d'asile.

Pour sortir de Chine, les visas sont difficiles à obtenir, surtout dans les trois provinces de la côte sud-est, le Zhejiang, le Fujian et le Guangdong qui ont une tradition migratoire importante et ancienne. La libéralisation de la circulation des ressortissants chinois s'effectue dans le cadre précis de missions commerciales ou de voyages d'études pour former l'élite hors de ses frontières. Le gouvernement chinois a choisi l'interdiction pour contrôler les flux migratoires. C'est ainsi qu'est né le hukou, certificat de résidence qui détermine selon le lieu de naissance, la possibilité ou non de s'installer et de travailler en ville. L'intention était de limiter l'exode rural, le résultat a été l'arrivée d'un grand nombre de travailleurs illégaux dans les mégalopoles. De la même manière, l'interdiction de sortir du territoire de manière officielle a donné lieu à des départs clandestins, notamment pour l'Europe.

Aurélie DELAGE

Crédits photos: Aurélie Delage, Rabinal/flickr, Dr Pierre Picquart/www.chinoisdefrance.com, Wjpbennett/flickr
[1] Ces chiffres sont ceux délivrés en 1999 par l'Office des Migrations Internationales et l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides, in Migrations, synthèse de travaux sur l'immigration et la présence étrangère en France n°108, juillet-août 202.
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  Le Paris de l’intolérance

Christine Le Doaré, co-présidente de l’association parisienne, a créé il y a quinze ans ce haut lieu de reconnaissance des minorités sexuelles gai, lesbiennes, bi et trans. Elle revient sur les objectifs poursuivis par le centre, situé dans le XIe arrondissement.

« On ne peut pas parler de « communauté homosexuelle », ce serait aussi ridicule que de parler de communauté hétérosexuelle ». Sur ce point, Christine Le Doaré, co-présidente du Centre lesbien, gai, bi et trans de Paris Ile-de-France (CLGBT), souhaite remettre les choses à leur place et les lieux communs de côté. « Des gens très différents participent aux activités du centre », insiste-t-elle. Le CLGBT prône l’ouverture et la diversité. Pas question de repli sur soi.
Créé il y a quinze ans, le CLGBT s’est implanté au cœur du XIe arrondissement. Un arrondissement qui bénéficiait d’un environnement peut-être plus propice. « Le XIe est un quartier où existe une certaine mixité sociale. C’est aussi l’un des premiers arrondissements de gauche. Outre le hasard, ce contexte a sans doute facilité la création de l’association. »

L’association repose sur « Trois piliers ».

Dans un premier temps, le centre joue le rôle de maison des associations gaies et lesbiennes. « On compte une quarantaine d’associations diverses, développant des activités sportives, de santé, politiques… » Au centre, chacune d’elle peut ainsi louer des salles et créer de véritables espaces de discussion. La seconde mission est d’accueillir les publics en proposant divers services : soutien psychologique, permanences juridiques, médiation familiale… Le CLGBT est un lieu d’information et de prévention, mais il répond aussi à un troisième impératif : « C’est un instrument de lutte pour le droit des gais, lesbiennes, bi et trans. » Le centre se veut protecteur des libertés contre les préjugés, y compris dans le milieu du travail, en collaborant avec des syndicats.
De la soirée théâtrale au débat, l’association développe ainsi de nombreuses activités culturelles et espace d’expressions artistiques, sociales ou politiques.
Situé 3 rue Kleber, le CLBGT devrait déménager en 2007 dans de nouveaux locaux, actuellement en rénovation à Beaubourg. « Une grande salle en sous-sol permettra de développer les représentations théâtrales et d’autres manifestations, pourquoi pas des soirées plus festives », conclut Christine Le Doaré.

Lutter contre les stéréotypes sur "l'amour homosexuel"

Le CGL (Centre Gai et Lesbien) de Paris est implanté à proximité du Marais, quartier réputé comme lieu privilégié de diffusion de la culture gay. Les diverses activités proposées visent à la fois à promouvoir une communauté culturelle gay mais aussi à engager un dialogue sur les stéréotypes qui lui sont souvent associés. Ludovic et Jean-Claude, postés à l’accueil en tant que bénévoles du Centre, acceptent volontiers d’aborder le problème d’une culture nocturne spécifiquement gay. Ils admettent que « le repli communautaire s’inscrit en porte-à-faux par rapport à leur combat pour l’égalité des droits et la « normalisation » du regard de la société. » Se différencier et se faire entendre pour mieux s’intégrer : voici la stratégie paradoxale de nombreux mouvements culturels communautaires. Jean-Claude et Ludovic décrivent le Marais comme un des seuls lieux de Paris, qui depuis 25 ans, permet à l’amour homosexuel de s’exprimer librement. Dans les rues de Londres ou de Bruxelles, ils savent qu’ils pourront saisir sans peur la main de leur compagnon. « La capitale française n’offre pas ce cadre de connaissance et de reconnaissance. » Ils savent aussi que si la Mairie de Paris passe aux mains de la droite, ils ne toucheront plus de subventions. La stratégie culturelle communautaire s’apparente alors à un repli défensif plus qu’à une volonté assumée de marginalisation. La peur des représailles alimente un discours culturel construit autour d’une appartenance au milieu homosexuel. Du théâtre gay au cinéma gay en passant par les clubs gay, toute l’activité nocturne, sans être exclusive, se réclame d’une identité communautaire.

Nicolas BLANDIN et Laurie MERLE

Contacts : Centre lesbien, gai, bi et trans de Paris Ile-de-France (CLGBT), 3 rue Kleber, 75 524 Paris cedex 11. Ouvert du lundi au samedi de 16 h à 20 h. Tel. 01 43 57 21 47. Mél : contact@cglparis.org


 
  La Marche pour la vie
Il est en France une culture politique légitime qui autorise à répondre à une manifestation par une autre manifestation. Le 14 octobre dernier était organisé à Montmartre un contre-rassemblement à l’initiative des libertaires et féministes radicales. Il s’agissait de protester contre les revendications du mouvement Renaissance Catholique pour la suppression du droit à l’avortement et l’abolition des libertés sexuelles.

Le cortège composé d’une centaine de contre-manifestants attend patiemment le passage de la Marche catholique pour la Vie en direction de la basilique Montmartre. La colonne de CRS reste imperturbable face aux cris des manifestants scandant inlassablement les divers slogans : « Jouir plutôt que Reproduire »…« Ni Dieu, ni maître, ni ordre moral ». Rapidement, le mouvement est encerclé par un cordon de CRS qui projette un nuage de gaz lacrymogène sur une centaine de manifestants. Impossible de rejoindre la Marche des Catholiques conservateurs intégrés par de nombreux militants d’extrême droite. Même les touristes étrangers sont pris en otage, ne pouvant accéder à la basilique. Un sentiment de peur est nettement perceptible. Certains s’étonnent qu’une telle manifestation autour du droit IVG puisse encore avoir cours en France.
L’évènement du 14 octobre n’était pas destiné à engager le dialogue entre les catholiques ultraconservateurs et les défenseurs des cultures insurrectionnelles libertaires. Les héritiers de Monseigneur Lefebvre posent clairement le problème de l’autorité de l’Eglise catholique sur les consciences individuelles. En tous les cas, leurs revendications restent incompatibles avec la vision des différents militants d’extrême gauche. On ne s’étonnera pourtant pas qu’un tel conflit puisse resurgir avec tant de véhémence, stigmatisant ainsi les débats actuels autour de la laïcité et du rôle de la religion dans la construction des identités culturelles. La banderole de tête, frappée du slogan « Ah, si Marie avait connu l’avortement », s’affaisse bientôt derrière le cordon policier. La messe des « vrais fidèles » pourra sereinement suivre son cours.


 
  La nuit, tous unis à Paris?
enquête

Après le succès mitigé de la Nuit Blanche du 7 octobre dernier, on peut s’interroger sur le pouvoir de cohésion des manifestations culturelles de masse. La mairie de Paris a tenté de faire de la capitale un réseau de sociabilité nocturne transcendant les appartenances communautaires. Mais la transfiguration de l’espace urbain ne semble pas avoir permis de forger une pratique indifférenciée du jeu culturel. Tout au contraire, il apparaît aujourd’hui que les logiques de rassemblement culturel obéissent plutôt à la voix communautaire. Nous avons donc décidé d’enquêter au cœur de deux communautés noctambules : le groupe latino-américain de la Milonga et les étudiants d’ingénierie supérieure de l’Ecole des Ponts et Chaussées.

Entretien avec Damien LEONARD, Responsable Boisson du Club Soirée de l’Ecole des Ponts et Chaussées, le Bitume.



Pourquoi une soirée Ponts et Chaussées?

L’organisation d’évènements au sein de l’école, que ce soit des soirées, des sorties au théâtre, des voyages ou bien d’autres choses reflète la volonté des étudiants de s’investir dans la vie associative et de pratiquer de multiples activités après deux années de Math Sup très intensives. Les soirées sont très importantes pour nous car elles affichent aux extérieurs notre dynamisme.

Comment se déroule l’organisation de ces activités ?

L’organisation des soirées est faite par le club soirées des Ponts et Chaussées, nous sommes sept, un Président, un Vice-président, un responsable Communication, une trésorière, deux responsables techniques, un responsable boisson (moi-même), plus un membre du BDE qui s’occupe de tout le côté de tout le côté administratif (déclaration en mairie, prêt de la salle et du matériel par l’école…).
Notre objectif est de proposer une bonne soirée, dans un bon état d’esprit, pour que les gens puissent s’amuser. Mais nous voulons aussi qu’elle se passe dans les meilleures conditions, ainsi nous distribuons des éthylotests et préservatifs au vestiaire, un important dispositif de sécurité est déployé, enfin la protection civile est présente à la soirée. Nos soirées sont ouvertes à tous les étudiants et se veulent ouvertes d’esprit.

Peut-on parler d’une communauté des Ponts et Chaussées et d’un esprit de corps lorsqu’il s’agit de ces activités ?

Bien sûr et pas seulement dans l’organisation de ces activités. L’ensemble de la vie associative permet de regrouper et d’unir les deux promos (150 étudiants par promo) présentes sur le campus. Ces activités nous permettent de tous nous connaître très vite. Les deuxièmes années montrent la tendance aux premières années, puis vers février, les passations des clubs et associations ont lieu et les premières années prennent le relais. Ceci fait qu’un membre du club soirée par exemple, va tout de suite pouvoir discuter de façon très conviviale avec un diplômé de l’école investi lui aussi, au club soirée ou dans une autre association de l’école.

Est-ce que vous avez le sentiment d’être à l’origine d’une culture de la nuit ouverte à tous ?

Nous ne prétendons pas être à l’origine d’un quelconque mouvement, mais nous sommes ravis que nos soirées soient vues comme des soirées ouvertes et que leur réputation nous permette de perpétuer le succès.


Les Pontes de la festivité

A l’entrée des bâtiments de la réputée Ecole des Ponts s’étale une file impressionnante composée majoritairement d’étudiants. Un service de sécurité contrôle méticuleusement les billets d’entrées avant de fouiller au corps l’ensemble de la gente masculine comprise dans le lot. Impossible de rentrer avec des bouteilles et la présence d’un garde-chien posté tout près signale aux nouveaux arrivants qu’il serait bien peu prudent de s’y essayer.
Dans l’enceinte de l’Ecole transformée en immense piste de danse sont affichés ostentatoirement tous les sponsors participants (D’Europe 2 à la Société Générale en passant par les marques d’alcool comme Burn ou Kronemburg). Rien n’est laissé au hasard. Des DJ et danseurs professionnels alimentent le show, les divers bars sont fins prêts à accueillir la masse des étudiants assoiffés. De la distribution de Tee-shirts à la sélection des ambiances musicales, cette nuit des Ponts s’apparente somme toute aux plus banales des soirées étudiantes. Pourtant, regardant au-delà de la plus simple expression festive, on décèle aisément une opération marketing extrêmement bien élaborée. Hantée par le souvenir de la pente déficitaire de l’année précédente, la bulle associative des Ponts veut cette année se garantir une marge confortable de succès. L’argent récolté auprès des portefeuils étudiants servira à renflouer le budget de l’Ecole. (Rappelons que le billet d’entrée sans prévente avait été fixé à 15 euros. Pour 2 euros de plus, chaque étudiant pouvait ensuite acquérir un verre de boisson alcoolisée). Mais il est évident que l’objectif de cette soirée n’était certainement pas d’épargner les bourses des « extérieurs » aux Ponts et Chaussées. L’éthique participative et festive permet ici de revitaliser un esprit de corps. Damien nous précisera de façon informelle que le dynamisme associatif permet ainsi aux Ponts et Chaussées de concurrencer Centrale, notamment dans l’obtention des parts sur le marché du travail. Les Grands se disputent donc la palme de l’initiative culturelle. Il s’agit bien d’un couronnement communautarisé aux accents faussement démocratiques.

Entretien avec Christine co-fondatrice de la Milonga lors de la soirée jazz manouche


Pourquoi un bar restaurant multiculturel ?

A l’origine il était hors de question de créer un resto bar simplement destiné à servir de l’alcool et des repas. Dès le départ l’idée du resto bar culturelle était donc évidente. A Fontenay sous bois il y a 60 communautés différentes nous avons donc choisi de profiter de cette richesse.

Comment s’organisent les activités à la Milonga ?

Professionnel ou amateur chacun peu proposer son savoir. Le but est de proposer des activités interactives pour que le public ne soit pas passif. Ici il n’y a pas de casting, il suffit d’avoir un savoir, un don ou une envie et de le faire partager. Ce qui est essentiel c’est d’avoir une ambiance conviviale, bref passé un bon moment

Les activités sont elles liées à une culture particulière ?

Non, ici toute les cultures sont les bienvenue .Il est vrai que le nom Milonga fait pensé au tango argentin et, que le restaurant est latino mais les animations sont sur tout les thèmes et toute les cultures. L’essentiel est d’avoir une scène ouverte. On propose des soirées poésie, du slam, des soirées musique mais aussi des débats sur des thèmes d’actualité, de l’art …

Les animations nocturnes de la Milonga sont ouvertes à tous?

Sur leur lieux de travail les gens sont catégorisés, la nuit les gens changent d’identité. Ici tout le monde se retrouve autour d’un intérêt commun. Il n’y a plus de patron, de couleur de peau. A la Milonga on se retrouve pour prendre du plaisir ensemble autour de passions communes.

Danse entre les cultures

A la Milonga la volonté d’échanger transcende les appartenances communautaires. Les activités nocturnes qui y sont proposées alimentent la mixité sociale et culturelle. Le pari semble réussi .Lors de la soirée jazz manouche le public est hétérogène et l’ambiance est convivial. Certains dansent, d’autres, assis écoutent la musique mais tout le monde prend du plaisir ensemble et c’est l’essentiel, Plutôt que le repli communautaire la Milonga prône l’échange culturel accessible à tous. Contrairement aux Ponts qui s’enferment dans un esprit de corps instrumentalisant les influences extérieures, la Milonga propose un enrichissement réellement multiculturel. Un paradoxe peut ainsi être mis en avant.
Les « élites de la nation », qu'on associe volontiers aux modèles de réussites socioculturels, sont en réalité beaucoup plus hermétiques à la mixité que le sont souvent les milieux populaires. Au musée froid de la Nuit Blanche, la population préfère comme lieux de culture les bars ou restaurants plus conviviaux .Preuve que la convivialité n'est pas nécessairement communautaire, la Milonga fait de la nuit un lieu où tous les chats sont gris.

Laurie MERLE et Carole COURTOUX

 
  Paris fête l’artisanat du Mali (septembre-octobre 2006)
Du 20 au 25 septembre 2006, la prestigieuse rotonde de la Bourse de Commerce de Paris a accueilli, pour sa sixième édition, la Fête de l’Artisanat et du Tourisme du Mali (www.batonrouge.fr/salondumali/). Tout autour de la tente Touareg, symbole de l’hospitalité du peuple malien, 13.600 visiteurs parisiens ont pu découvrir 35 stands tenus par 75 exposants, proposant produits artisanaux et supports touristiques, et profiter d’animations variées (défilé de mode, exposition de photos, musique, films, débat).

Des particuliers en majorité. Ils ont acheté, n’hésitant pas à marchander à l’africaine, encore plus qu’en 2005 selon le sentiment des participants, alors même que la fréquentation avait atteint 15.500 personnes pour un chiffre d’affaires de 439.694 €. De plus, la caravane des artisans maliens ne s’est pas arrêtée au centre de Paris, elle a poursuivi son périple en banlieue, de Montreuil (93) à Evry (91) en passant par Asnières (92).
De fait, ce succès confirmé depuis 2004 repose sur un secteur artisanal au potentiel et aux enjeux élevés ainsi que sur une organisation ambitieuse, tant au Mali qu’en France.

Ancrage dans la tradition, créativité et diversité ethnique de l’artisanat malien

Issus principalement des secteurs textile, bijouterie, maroquinerie, sculpture, les objets exposés attestent d’un savoir-faire alliant la tradition à la créativité et reflètent la diversité ethnique du Mali, véritable carrefour des civilisations de l’Afrique occidentale. Le bogolan, technique Bambara (ethnie majoritaire du Mali) de teinture à l’argile, est emblématique de cette évolution. A l’origine utilisé sur des vêtements rituels (pagnes de cérémonie, chemises de chasseurs), il est aujourd’hui décliné à l’infini dans l’ameublement, la mode et même les peluches. La foisonnante bijouterie Touareg, où chaque motif de croix du sud est lié à une tribu, offre un exemple semblable avec l’ébène incrusté d’argent, cuivre et laiton. Les perles traditionnelles prennent aussi la forme de couverts, décapsuleurs, barrettes. Le bazin, coton tissé en relief, importé d’Europe mais coloré puis brodé de façon particulièrement élaborée, fait la renommée des teinturières de Bamako dans toute la sous-région. Plus ancrés dans une tradition ethnique ou historique, on trouve les boucles d’oreilles Peul (peuple d’éleveurs du Sahel), les bronzes et portes Dogon (civilisation millénaire réfugiée sur la falaise de Bandiagara) les poteries de Djenné (cité de terre fondée au 3ème siècle avant J.C.), les colliers de verre multicolore des pêcheurs Bozo. Dans un pays sahélien enclavé, l’artisanat est un enjeu pour le développement économique.

Une organisation ambitieuse : campagne de communication et relais en France

Dans la continuité de son volontarisme économique au Mali, le gouvernement malien a financé un plan de communication ambitieux (affichage électronique dans Paris, affiches dans le métro, campagne presse-magasine et radio, invitations grand public et professionnels). Ses relais institutionnels, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, propriétaire de la rotonde, et la Maison de l’Afrique, qui assure la représentation économique de plusieurs Etats sub-sahariens, ont organisé avec lui la Fête de l’Artisanat et du Tourisme à Paris.
A Montreuil, la manifestation intitulée « Semaine culturelle et artisanale », s’est appuyée, pour sa troisième édition, sur la forte communauté malienne de la ville (6000 ressortissants recensés par la Mairie sur une diaspora en France de 80 000 à 120 000 personnes) et sur l’implication de la municipalité. Celle-ci participe notamment à un programme de développement agricole de la région de Kayes (ouest du Mali), dont est issue la majorité des immigrés maliens de France. A Evry, la deuxième édition des « Manifestations artisanales et touristiques » a bénéficié de l’implication de la communauté malienne de l’Essonne et du jumelage avec la Communauté d’Agglomération.

Interrogé à la Bourse de Commerce sur les atouts et la force du secteur de l’artisanat dans son pays, le Ministre malien de l’Artisanat et du Tourisme répond que « L’artisanat occupe plus de la moitié de la population au Mali. » (magazine « La Rotonde, les évènements de la Bourse de Commerce »). Il en vante l’organisation, avec la présence, sur l’ensemble du territoire, d’une Fédération Nationale des Artisans et des Chambres des Métiers.
Au sein de ce ministère, c’est le Centre National de la Promotion de l’Artisanat (CNPA) qui pilote la politique sectorielle de l’artisanat et qui a organisé la campagne évènementielle française. Le gouvernement malien s’est également doté d’un projet de lutte contre la pauvreté par le développement de l’artisanat, centré sur l’organisation, la formation et l’accès au crédit des artisans. Le succès de ces rencontres franco-maliennes s’accorde donc avec la définition du commerce donnée par le Ministre malien de l’Artisanat et du Tourisme : « échange et découverte de l’autre ». Cette dimension culturelle du commerce correspond particulièrement à l’artisanat, porteur de tradition et de création, et au produit qui reste une fois le commerçant-artisan rentré chez lui, tel un ambassadeur.

Nicole WIND

Contact : Pour la mode, consulter le site de la styliste Mariétou Mariette DICKO : http:/mali.viky.com/traditions
Pour les bijoux, voir le site d’Oumar CISSE, fondateur du musée des perles de Mopti : www.farafina-tigne.com
 
jeudi, octobre 12, 2006
 
Bienvenue sur notre nouvelle page qui traite du multiculturalisme à Paris
 
Ce blog traite du multiculturalisme à Paris et dans sa banlieue

Nom : master journalisme/com
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